Nous étions quatre-vingt. C'était le rendez-vous donné par l'EFA 47 : une conférence donnée par les adoptés. Nous étions là pour écouter leurs parcours d'enfants adoptés, leur vie avec la blessure primitive qu'est l'abandon, leur quête vers leurs origines, avoir des pistes de réflexion, des éléments importants à ne pas rater avec nos enfants... Et même si on a conscience de tout cela, une piqûre de rappel ne fait pas de mal.
Un retard d'une heure de Cécile Février, la présidente de la Voix des adoptés, et d'une autre trentenaire adoptée elle aussi, nous a permis à tous de discuter, de se retrouver : "Alors, ça va? Vous en êtes où? Ton fils/Ta fille va bien? Oh... qu'elle est belle, elle a bien changé!" Puis Nirmala, originaire d'Inde, en attendant les deux autres femmes, a commencé. Très vite, on sent la douleur de cette femme face à l'injustice qu'elle a subi : son dossier a été brûlé à l'orphelinat où elle a vécu les deux premières années de sa vie. On comprend la difficulté de se construire avec ce "trou" d'avant son adoption.
Puis les deux autres femmes arrivent... et racontent leur histoire. Deux parcours bien différents mais qui se ressemblent finalement tant.
Alors voilà ce que j'ai retenu de cette soirée riche en émotions. Je cite les trois femmes :
- "On ne cherche pas des parents en voulant retrouver nos origines. Des parents, on en a déjà."
- "En voyant ma soeur biologique, j'ai vu ce à quoi j'avais échappé... Un environnement social défavorisé."
- "En ouvrant mon dossier, la première chose que j'ai vérifiée, c'est que mes parents ne m'avaient pas menti."
- "Un moment donné, je me suis reprise : je parlais de ma mère à ma mère!"
- "J'étais bonne élève, pour satisfaire mes parents." (mais une autre a quand même ajouté avoir été bonne élève "parce que j'étais bonne élève!")
- "L'abandon est en nous. On a toujours cette peur, même à trente ans."
- "Quand on a des parents, on est tellement contents, on ne les lâche pas comme ça!"
- "Savoir que nos parents soutiennent notre démarche, c'est formidable."
- "Ce qui m'a manqué, c'est que ma mère ne soit pas témoin de mon passé car elle n'est pas venue me chercher en Colombie. Avoir ne serait-ce qu'un ticket de bus de là-bas, ça aurait été beaucoup pour moi."
- "J'ai l'impression d'être née à Roissy, terminal E, à l'âge de deux ans."
Cette soirée restera gravée en moi pour longtemps et j'espère qu'il y aura encore et encore des soirées comme celle-là, donnant la parole aux adoptés. Et peut-être qu'une prochaine fois, nous aurons aussi le témoignage d'un homme!